Interactions médicamenteuses · sécurité au quotidien

Médicaments et IMAO : une règle précise, pas une peur diffuse.

Comme dans l'assiette, le danger médicamenteux des IMAO classiques (Parnate, Nardil, Marplan) tient à une liste courte et nette, pas à un brouillard d'interdits. Deux accidents à éviter, quelques médicaments à fuir — et une consigne d'or : dire à chaque soignant que vous prenez un IMAO.

La règle tient en une phrase : ne jamais associer un IMAO à ce qui fait monter brutalement la sérotonine ou la tension, et respecter un délai de sécurité quand on change de traitement. Tout le reste — la grande majorité des médicaments courants — est compatible.
Accident n°1 · sérotonine

Le syndrome sérotoninergique : trop de sérotonine d'un coup. Déclenché par ce qui bloque ou libère fortement la sérotonine.

Accident n°2 · tension

La crise hypertensive : une poussée brutale de tension. Déclenchée par les stimulants (sympathomimétiques) — et, dans l'assiette, par la tyramine.

Pourquoi ces deux mécanismes ? Voir Idées reçues. Côté alimentation, voir le régime tyramine.

À éviter — contre-indiqué Prudence — sous contrôle médical Compatible — sans souci
À éviter — la liste courte mais ferme
ISRS, IRSNaantidépresseurs sérotoninergiques — la cause classique du syndrome sérotoninergique
Clomipraminele tricyclique le plus sérotoninergique (les autres tricycliques : prudence, avis médical)
Tramadol, péthidine, tapentadolantidouleurs sérotoninergiques — à distinguer des autres opiacés (voir « prudence »)
Dextrométhorphanel'antitussif de beaucoup de sirops contre la toux en vente libre
Triptanscontre la migraine (sumatriptan et apparentés)
Décongestionnantspseudoéphédrine, phényléphrine, éphédrine — rhume, sprays nasaux, « rhume des foins » (poussée de tension)
Stimulantsamphétamines, méthylphénidate (TDAH), cocaïne, MDMA/ecstasy
Millepertuis, tryptophaneplante et complément « naturels » — mais bel et bien sérotoninergiques
Linézolide, bleu de méthylèneun antibiotique (lui-même un IMAO) et un colorant utilisé en chirurgie
Prudence — possible, mais encadré par un médecin
Autres opiacésmorphine, oxycodone, fentanyl, hydromorphone : ce ne sont pas eux les dangereux, mais l'association se fait sous surveillance, à dose prudente
Anesthésie & chirurgiene jamais arrêter l'IMAO de soi-même : prévenir l'anesthésiste, qui sait pratiquer une « anesthésie compatible IMAO » (en évitant péthidine et sympathomimétiques indirects)
Anesthésie chez le dentisteles cartouches avec adrénaline, aux doses dentaires habituelles, sont aujourd'hui jugées sûres ; une option sans adrénaline existe. Le prévenir, simplement
Changer d'antidépresseurjamais de chevauchement : il faut respecter une fenêtre de sécurité (ci-dessous)
Compatible — sans souci particulier
Paracétamoll'antidouleur / antifièvre de premier choix sous IMAO
Ibuprofène, aspirineanti-inflammatoires courants
La plupart des antibiotiquesà la seule exception du linézolide (voir « à éviter »)
Benzodiazépinesanxiolytiques et somnifères usuels
La plupart des antihistaminiquesattention : les médicaments « rhume » combinés cachent souvent un décongestionnant — lire la composition

Cette liste n'est pas exhaustive. Le réflexe le plus sûr reste le plus simple : avant tout nouveau médicament — y compris en vente libre — demander au médecin ou au pharmacien, en précisant « je prends un IMAO ».

Les fenêtres de sécurité (washout)

Un IMAO continue d'agir tant que l'enzyme détruite n'a pas repoussé — environ deux semaines. D'où des délais à respecter quand on commence, qu'on arrête, ou qu'on change de traitement.

SituationDélai minimal
Démarrer un IMAO après un ISRS / IRSNa / tricyclique≥ 2 semaines
Démarrer un IMAO après la fluoxétine (Prozac)≥ 5 semaines
Démarrer un sérotoninergique après l'arrêt d'un IMAO≥ 2 semaines
Passer d'un IMAO à un autre IMAO≥ 2 semaines

La fluoxétine demande plus long parce qu'elle s'élimine très lentement. Jamais de chevauchement progressif (« cross-taper ») entre un IMAO et un sérotoninergique : c'est le médecin qui fixe le délai exact selon les molécules.

Une phrase à répéter : « Je prends un IMAO. »

À votre médecin, votre pharmacien, votre dentiste, votre anesthésiste, et aux urgences. La plupart des accidents viennent d'un médicament ajouté sans le savoir — une ordonnance d'un autre praticien, un produit en vente libre, une anesthésie. Le dire à temps, c'est l'éviter.

⚠ Signes d'alerte — réagir vite

Poussée de tension (crise hypertensive) : mal de tête violent et battant, nuque raide, palpitations, douleur dans la poitrine, vision trouble.

Excès de sérotonine (syndrome sérotoninergique) : agitation ou confusion, fièvre, sueurs, tremblements, muscles raides, cœur rapide.

Dans les deux cas, n'attendez pas que ça passe : appelez immédiatement les secours.

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Dans les vieux pots — information indépendante sur les IMAO M'écrire par e-mail · Dernière mise à jour : juin 2026